Faut-il un permis pour piloter une voiture volante ?
C'est la question la plus fréquente sur ce sujet, et la réponse tient en une phrase : oui, sauf si l'appareil n'a pas de pilote. Le reste de cet article explique pourquoi cette exception change tout, et ce que chaque véhicule exige concrètement.
La règle générale : un aéronef se pilote
Un objet qui vole avec des personnes à bord est un aéronef, quelle que soit son allure. Il relève du droit aérien, pas du code de la route. En France comme dans toute l'Union, cela signifie qu'il faut une licence délivrée après formation théorique et pratique, et que cette licence est spécifique à la catégorie d'appareil.
Un permis de conduire ne donne aucun droit dans les airs. C'est évident dit comme ça, et pourtant c'est le contresens le plus répandu sur les voitures volantes — l'objet ayant l'air d'une voiture, on suppose qu'il s'utilise comme une voiture.
Ce que chaque véhicule demande
PAL-V Liberty : deux titres
Le gyroplane néerlandais est le cas d'école, parce qu'il roule vraiment et vole vraiment. Il faut donc un permis de conduire pour la partie routière, et une licence de pilote privé assortie d'une qualification gyroplane pour le vol.
Cette qualification est spécifique : le gyroplane ne se pilote ni comme un avion ni comme un hélicoptère. Son rotor n'est pas motorisé, il tourne en autorotation sous l'effet de l'avancement, ce qui donne des réflexes et des procédures propres.
Klein Vision AirCar : une licence de pilote d'avion
L'AirCar est un avion qui roule. Il décolle d'une piste, vole sur une aile, atterrit sur une piste. C'est donc une licence de pilote classique qui s'applique, avec les qualifications correspondant à la classe et à la motorisation de l'appareil.
Volocopter VoloXPro : la catégorie légère
Le biplace allemand vise la catégorie « light sports », plus accessible que le transport public. Elle a sa licence propre, moins lourde à obtenir qu'une licence de transport, mais réelle. Ce n'est pas un hasard si Volocopter vise en priorité le marché des écoles de pilotage : c'est un appareil de formation et de sport aérien, pas un taxi.
L'exception qui change tout : les appareils sans pilote
Deux appareils de notre catalogue n'ont pas de poste de pilotage du tout. L'EHang EH216-S, chinois, et le Wisk Generation 6, américain.
Il n'y a rien à piloter : pas de commandes à bord, deux ou quatre sièges, une porte. La trajectoire est calculée puis supervisée depuis un centre de contrôle au sol, où un opérateur humain veille sur plusieurs appareils simultanément. Les passagers n'ont besoin d'aucune qualification — ils sont des passagers, exactement comme dans un métro automatique.
C'est le raccourci qu'a pris EHang, et c'est une des raisons de son avance : en retirant le pilote, l'entreprise a contourné le problème le plus coûteux du secteur.
Car il fallait bien créer ces licences. La catégorie d'aéronef n'existait pas : ni la FAA américaine ni l'EASA européenne n'avaient de qualification pour un appareil qui décolle à la verticale puis bascule ses rotors pour voler sur une aile. Il a fallu écrire les règles de vol, définir les compétences, monter les programmes de formation et former les instructeurs — avant même de pouvoir former le premier pilote.
Le coût, rarement chiffré
Obtenir une licence de pilote privé demande plusieurs dizaines d'heures de vol en double commande, une formation théorique, des examens et une visite médicale aéronautique. Le budget se compte en milliers d'euros, et il faut ensuite maintenir ses compétences pour que la licence reste valide.
À cela s'ajoutent, pour qui possède l'appareil, la maintenance périodique réglementaire — obligatoire, tracée, réalisée par un atelier agréé — l'assurance aéronautique, et une place de hangar. Le prix affiché d'une voiture volante ne couvre aucun de ces postes.
Et concrètement, en France, aujourd'hui ?
La question reste théorique. Aucun de ces appareils ne peut être immatriculé et utilisé en France à ce jour : aucun eVTOL de transport de passagers ne détient de certificat de type européen, et les véhicules route-air ne sont pas au bout de leur certification de vol.
La bonne nouvelle pour qui veut se préparer : la licence de pilote privé, elle, existe déjà et s'obtient dès aujourd'hui dans n'importe quel aéroclub. C'est la seule partie du problème qui ne dépend d'aucun régulateur en retard.